Numérique et apprentissage, des connexions complexes


L’intégration du numérique dans l’éducation suscite espoir et débats. L’utilisation du numérique en classe va-t-il permettre de mieux apprendre, va-t-il réduire les inégalités … ? Le numérique semble canaliser tous nos attentes et nos peurs face aux défis de l’école du XXIè siècle.

L’OCDE publie à ce sujet différents rapports dont, le 15 septembre, les résultats de PISA 2012 relatifs aux compétences en lecture et en mathématiques des élèves de 15 ans dans un environnement numérique (1).

Ce dernier peut, si l’on se contente d’une lecture succinte, jeter un pavé dans la mare alors que le Plan Numérique prévoyant d’équiper tous les collégiens de tablettes d’ici 2018, va être lancé.

Il montre que globalement, plus un jeune utilise les nouvelles technologies à l'école, moins bons sont ses résultats !! Jetons tablettes, TBI et ordinateurs et reprenons ardoises et craies !

La réponse est heureusement moins binaire et ce rapport précis permet de dégager les conditions d’utilisation du numérique pour améliorer apprentissage et niveau scolaire.

Si, au sein de l’OCDE, 96% des élèves de 15 ans disposent d'un ordinateur à la maison, l’usage du numérique à l’école diffère beaucoup selon les pays. Très utilisé dans l’enseignement en Australie et dans les pays nordiques, il l’est beaucoup moins en Asie. La France qui n’a pas répondu aux questions à ce sujet pour l’enquête PISA, est en retard dans l’usage du numérique à l’école (2)

Dans les pays où les TICE sont utilisés dans la salle de classe, leur impact sur la performance des élèves est très mitigé. Les résultats du PISA montrent que les pays qui ont investi massivement dans les TIC pour l'éducation ne connaissent aucune amélioration appréciable des performances des élèves en lecture, en mathématiques ou en sciences.

Comme ces résultats le montrent, les liens entre les élèves, les ordinateurs et l'apprentissage sont complexes et les TIC ne peuvent apporter une réelle contribution aux apprentissages que sous certaines conditions.

Le rapport insiste sur les contextes d’introduction du numérique à l’école et sur la place heureusement central de l’enseignant.

"In the end, technology can amplify great teaching, but great technology cannot replace poor teaching."

Plus le numérique se développe, notamment avec les pratiques d’internet en dehors de l’école, plus il est important de privilégier les apprentissages fondamentaux

Si la fracture numérique en terme d’accès à un ordinateur a diminué entre élèves favorisés et défavorisés entre 2009 et 2012, les inégalités persistent dans la capacité à bien utiliser des outils numériques pour apprendre. Acquérir les compétences de base en lecture, et en mathématique est un pre-requis incontournable afin que les élèves naviguent avec profit sur le net. La réduction des inégalités passe donc plus par une plus grande équité dans ce domaine que par une distribution massive d’outils numériques aux élèves et aux établissements.

Les enseignants doivent apprendre aux élèves à rechercher l’information avec rigueur et esprit critique. Les outils en ligne permettent de renouveler la pédagogie autour de projets collaboratifs, d’échanges et d’inspiration mutuelle. Dans ces conditions, le numérique a alors une véritable plus value dans l’apprentissage.

Pour cela, il faut que les enseignants soient formés et accompagnés à l’utilisation des tic dans leur pédagogie.

L’étude Talis, autre enquête de l’OCDE pointe dans ce domaine un réel retard français. 62 % des enseignants français expriment un besoin de formation continue. Selon l'OCDE, "le numérique doit aider à la professionnalisation des enseignants et à améliorer leurs pratiques". Les résultats de l’enquête TALIS mettent (…) en évidence le rôle clé de la formation continue des enseignants et de leur vision de leur métier dans la pleine exploitation du potentiel de la technologie au service de l’enseignement et de l’apprentissage.

Le développement du numérique n’est pas seulement une évolution dans les outils. L'étude Pisa montre l'importance du partage entre enseignants pour assurer l'intégration du numérique dans l’éducation et en discuter des finalités pédagogiques. Il souligne aussi que les enseignants qui développent des pédagogies coopératives comme des travaux en groupe autour de projets, sont plus enclins à l’utilisation des ressources numériques.

Pour Eric Charbonnier, de la Direction de l'Education de l'OCDE " l’enjeu, c’est de créer une culture de collaboration entre les enseignants".

Sans le développement d’une culture de la collaboration et d’une pédagogie réfléchie et adaptée le numérique ne peut rien et, il ne résoudra pas seul, les problèmes de l’école française et, en premier lieu, celui des inégalités face aux apprentissages.

(1) OECD (2015), Students, Computers and Learning: Making the Connection, PISA, OECD Publishing, Paris.

Le rapport en PDF ici

(2) OECD (2015) Enseignement et technologie L'enseignement à la loupe ° n°12, juillet 2015 sur L'’Enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage (TALIS)

#éducation #numérique

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